L’aide à la résidence en musiques actuelles


 

Anciennement appelée Résidence Chanson et aujourd’hui gérée sur fond d’État par le CNV, la commission 8 Résidences Musiques actuelles a pour mission le soutien aux projets de création artistique et d’action culturelle en associant un lieu d’accueil, un artiste et un producteur de spectacles. Son vice-président, David Demange (directeur du Moloco) nous explique l’objectif de cette aide et les écueils de certains dossiers déposés.

Déléguée par le ministère de la Culture au CNV, la commission 8 a aidé 40 projets en 2018, soit 72% des dossiers reçus, pour un montant moyen de plus de 9.400€ par projet. L’aide est attribuée à l’exploitant du lieu accueillant la résidence et fait l’objet d’un versement en deux fois, le bilan étant soldé après étude des bilans et des contrats. En savoir plus sur les critères de la commission 8.

David Demange : « Artistes de musiques actuelles, vous avez le droit d’avoir un temps de création financé ! »

David Demange est vice-président de la commission 8 du CNV, et directeur du Moloco à Montbéliard

Parmi les critères de la commission, est-ce la logique de création, de diffusion ou d’action culturelle qui prime ?

La commission a pour vocation à aider des projets de création dans le domaine des musiques actuelles, ce qui va de la chanson au metal, en passant par le jazz et les musiques électroniques. Le dispositif offre un financement pour que l’artiste ait le temps de réfléchir, de concevoir et de créer, mais aussi pour qu’il puisse mettre en œuvre ce projet sur le plateau scénique. L’idée est ainsi de soutenir l’artiste à travers un lieu, avec le concours d’un producteur qui peut garantir une diffusion ultérieure à cette création. Il s’agit de financer des résidences pour des projets qui seront diffusés dans les réseaux musiques actuelles, pas pour des one shot.

Ensuite, la commission demande également à ce qu’un travail sur le territoire soit mené pendant le temps de création, avec la matière artistique du projet en question, et sur un temps long.

Quels types d’action culturelle sont valorisés par la commission ?

Nous valorisons des actions culturelles qui sont plus innovantes que celles que le lieu fait habituellement, donc pas forcément uniquement avec des scolaires. L’action peut par exemple se concentrer autour d’une rencontre entre jeunes et personnes âgées, auprès d’un quartier, en prison, à l’hôpital, etc. Mais organiser une master class ou un atelier rudimentaire ne suffit pas. Il faut que le projet s’adresse à des publics différents et d’une façon innovante.

Comment évaluer s’il s’agit du bon moment pour que l’artiste entre en résidence ?

C’est là qu’intervient l’entourage professionnel de l’artiste, et puis cela se jauge en fonction d’une actualité, d’un disque, d’une relance de carrière, etc. L’idée est de pouvoir donner du temps aux artistes car, dans les musiques actuelles, ils ont à peine 4 ou 5 jours pour monter leur spectacle et après ils partent tout de suite en tournée. Ils n’ont jamais le temps de se poser et de réfléchir, en tout cas de manière rémunérée, à ce que doit être leur projet artistique. Ces résidences ont cette vocation : offrir un peu plus de temps à un artiste que ce que l’économie des musiques actuelles lui aurait permis. Nous soutenons beaucoup de projets où des artistes expérimentent et mettent en place une première création plutôt ambitieuse, notamment en matière de scénographie. En revanche, l’aide à un travail de préparation scénique de 4 ou 5 jours afin de régler le son et les lumières avant de partir en tournée relève de la commission 7 du CNV.

L’aide de la commission est-elle possible si la demande n’est portée que par un duo artiste/lieu, sans l’appui d’un producteur ?

Dans certains genres, il y a peu de producteurs et il existe une relation directe entre les artistes et les lieux de diffusion, ce qui est le cas pour certaines formes de jazz ou de musiques expérimentales. Dans ces cas spécifiques, nous acceptons des accords entre artiste et lieu, l’idée étant de garantir la diversité musicale sans avoir à exclure certaines esthétiques au prétexte qu’il n’y a pas de producteurs dans tel ou tel domaine.

Dans ce cas, l’artiste peut-il être le producteur ?

En l’absence de producteur tiers, c’est plutôt le lieu d’accueil qui va endosser ce rôle, rarement la structure de l’artiste.

Parmi les dossiers déposés à la commission, quels sont les écueils les plus fréquents ?

Pour les artistes et les producteurs, il existe une confusion entre l’objet de la commission 7 Pré-production scénique et celui de la commission 8. Les aides de la commission 8 sont bien dotées et les plafonds plus hauts que ceux de la 7, mais répéter trois jours en plateau pour caler les sons de l’artiste avant de partir en tournée ne constitue pas une résidence mais une pré-production scénique. Il faut en revanche savoir qu’il est tout à fait possible de démarrer un projet de création par une résidence de 6 mois soutenue par la commission 8, puis la création est diffusée pendant un certain temps et, si une reprise technique permettant d’améliorer certains éléments est nécessaire, alors on peut obtenir une aide de la commission 7.

La commission Résidences finance une phase de création qui s’étale sur un temps plus long, avec un minimum demandé de 8 jours de présence rémunérée pour la partie création, et qui s’accompagne d’une diffusion conséquente. Sur ce dernier point, il n’y a pas d’objectifs chiffrés car les réalités sont très variables d’une esthétique à une autre et on ne peut pas demander la même chose à un groupe de pop qu’à un collectif de jazz expérimental !

Y a-t-il d’autres écueils récurrents qui justifient le refus de la commission ?

Parfois, une proposition d’action culturelle un peu faible et « bateau ». Lorsque les artistes sont en répétition en plateau avec une classe scolaire pendant une heure d’échange, nous ne considérons pas totalement qu’il s’agit d’action culturelle. L’idée est d’avoir un processus où les bénéficiaires travaillent artistiquement avec les artistes, par exemple une création collective ou des ateliers de pratique artistique. Parfois, nous sentons que cet aspect est arrivé après coup, qu’il s’agit d’une simple ligne ajoutée au dossier.

Cela pose d’ailleurs un souci car il y a des artistes qui ont des propositions artistiques très intéressantes mais qui, pour des questions de sensibilité, ne sont pas capables ou n’ont pas envie de s’investir dans un programme d’action culturelle. Ils ne peuvent donc pas bénéficier de ce dispositif alors que c’est un des rares à financer la création en musiques actuelles.

Il existe également une question culturelle sous-jacente : dans notre domaine, contrairement à la danse ou dans le théâtre, les artistes ne sont pas habitués à être financés pour la partie écriture et conception d’un projet. Bien souvent, ils répètent sans rémunération et arrivent en résidence juste pour les réglages techniques. Or ce n’est pas normal, et c’est le message qu’essaye de passer la commission : « Vous êtes artistes de musiques actuelles et vous avez le droit d’avoir un temps de création qui soit financé ». Aujourd’hui, ce n’est culturellement pas installé dans la tête des artistes et des producteurs.

Propos recueillis par Mathias Milliard