A quoi servent les tremplins, concours et dispositifs d’accompagnement ?

À l’heure où un inconnu peut créer le buzz en ligne, les dispositifs de repérage et d’accompagnement sont toujours un passage quasi obligé pour la plupart des projets musicaux. Avec un objectif simple : aider les jeunes talents à se faire repérer.

Pour les jeunes talents, émergents ou à venir, les dispositifs de repérage sont comme une jungle dans laquelle il n’est pas toujours facile de se repérer. Du tremplin local au dispositif d’accompagnement national, il existe plus de 200 tremplins, concours et championnats, et près de 30 dispositifs d’accompagnement en France (Source Irma). Sont-ils encore un passage obligé, alors que vous avez tous les outils à disposition pour créer le buzz ?

Pour Adrien Marchand, qui dirige le prix Ricard SA Live Music, « il est tout à fait possible de se développer en dehors de tout dispositif de repérage, en particulier dans des esthétiques alternatives. Mais il est évident qu’ils permettent de mettre un coup d’accélérateur et de créer des connexions avec le monde professionnel. À défaut de transformer automatiquement les projets en succès, ils permettent souvent au moins de trouver un label, un éditeur ou un tourneur ». Alors pour passer de l’ombre à la lumière, comment s’y prendre?

Où postuler ?

Un premier conseil simple : osez ! « Il faut s’inscrire, ne pas hésiter ni se poser trop de questions. Cela permet de se jauger et de s’imposer des challenges », insiste Cyril Della Via, d’Avant Mardi, antenne des Inouïs du Printemps de Bourges et coordinateur du dispositif d’accompagnement AA à Toulouse.

C’est en premier lieu l’avancement de votre projet qui déterminera vos choix. On ne postule pas aux mêmes dispositifs si l’on est amateur, semi professionnel, signé en maison de disque ou autoproduit. Il faut se sentir à la hauteur, être motivé et évaluer le plus précisément vos besoins de développement. Il ne faut pas non plus être masochiste : inscrivez-vous aux dispositifs pour lesquels vous avez des chances d’être retenus. Et là, il n’y a pas d’autres moyens que de lister les concours, faire un calendrier des dates limites d’inscription, en prenant bien soin d’envoyer des dossiers complets.

Pour y voir plus clair, une rapide typologie des dispositifs :
– les scènes ouvertes ou open mics : en général locaux, ils s’adressent aux projets en démarrage. Ils permettent de tester des titres devant un public, et de rencontrer des musiciens.
– les tremplins : permettent aux groupes retenus de bénéficier de coups de pouce, sous forme de prix ou de récompenses (programmation sur un grand festival, financement d’une première maquette, subvention directe…). Faire la « tournée des tremplins » est très formateur, et permet un premier contact avec le milieu professionnel.
– les dispositifs d’accompagnement : plus conséquents, inscrits dans la durée, ils sont souvent réservés aux projets plus avancés, voire à ceux déjà signés et disposant d’un entourage professionnel.

Se professionnaliser

Si tous les dispositifs mettent au centre le travail du live (la scène est un véritable révélateur !), pour Julien Soulié, directeur du Fair, « il ne faut pas confondre notoriété et professionnalisation. Notre objectif est aussi de leur apporter une connaissance précise de leur environnement professionnel. C’est d’autant plus important actuellement, à l’ère de l’artiste entrepreneur et des développeurs d’artistes en microstructures ». Les sélections étant opérées le plus souvent par des jurys de professionnels, qu’il faut convaincre, cela permet d’avoir un retour sur le projet, tant sur des critères artistiques que sur les choix de développement et de carrière, même pour des groupes ayant déjà un pied dans le métier. Pour Kid Wise, lauréat en 2016, « le Fair nous a tout simplement sauvé, en nous aidant à faire les bons choix. Nous étions à un moment charnière de notre développement. Si nous n’avions pas bénéficié de cet accompagnement, nous n’existerions plus. Nous avons pu prendre conscience des questions à se poser et des enjeux, et nous avons décidé de changer d’entourage professionnel ».

Les dispositifs d’accompagnement ont d’ailleurs beaucoup évolué ces dernières années, pour devenir des boîtes à outils adaptables en fonction des projets.
Ricard SA Live music a par exemple formalisé un accompagnement à 360 degrés, intégrant, via de nombreux partenariats, le live, l’enregistrement et la promo d’un EP, la réalisation de contenus vidéo, de la promo médias, de la formation et du matériel.
De son côté, AA propose, comme le Fair, un accompagnement personnalisé. « Nous faisons du conseil en management et en gestion de carrière, mais avant même cela, nous les sensibilisons aux pratiques et réflexes professionnels. Parfois, il faut reprendre la base. Nous faisons aussi de la mise en relation avec des professionnels, nous pouvons être amenés à les conseiller sur le choix d’un manager ou d’un tourneur, ou également les aider à examiner des contrats »,  insiste Cyril Della Via.

Dernier effet positif important, être sélectionné par un dispositif produit un effet d’entraînement.
Pour I Am Stramgram, « être lauréat Ricard en 2016 nous a sûrement aidé à être dans les Inouïs du Printemps de Bourges. Cela fait entrer dans une dynamique positive auprès des professionnels ».

Et pour ceux qui ne seraient pas retenus, concourir n’est pas forcément un coup d’épée dans l’eau. Être parmi les finalistes permet de mettre un coup de projecteur, de réaliser des contenus professionnels exclusifs, qui peuvent servir de base pour accrocher un futur dispositif.

Enfin, il ne faut pas négliger les espaces d’exposition moins formels, comme les offs des festivals. Investir les lieux périphériques d’un gros événement peut être utile. En ciblant bien les événements, on peut trouver un public sensible à sa musique (et acheteur de merchandising !), et peut être même quelques professionnels qui se seraient éloignés des sentiers battus, en quête de l’ovni musical que personne d’autre n’a vu venir…

Peut-être vous ?

Pour aller plus loin :

Découvrez « Les tremplins, révélateurs de talents » : une série en 5 volets

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