Tremplins, concours, dispositifs d’accompagnement et de repérage

Tremplins, concours, battles, premières parties… Passage quasi obligé pour la plupart des projets musicaux, il existe toutes sortes de dispositifs de repérage et d’accompagnement : du plus local, pour les amateurs, aux dispositifs conséquents pour donner un coup de pouce a des projets déjà signés ou en voie de professionnalisation. Si l’impact de ces dispositifs est variable, l’objectif est le même : l’entrée des artistes dans une filière prête et apte à les accompagner et à les produire. Entre coups d’épée dans l’eau et leviers d’insertion, quelles sont les méthodes pour se faire repérer ?

Du tremplin de la ville pour le groupe du lycée du coin, à l’accompagnement proposé par le Fair pour les artistes plus confirmés, la logique est la même, l’objectif similaire : un jury (ou le public, ou les deux) sélectionne des artistes pour leur permettre « d’entrer dans le métier ». Et il y en a pour tous les niveaux de développement, pour toutes les ambitions de réussite, modeste ou grande, locale ou planétaire ! Et à l’heure des home studios, des plateformes de promotion en ligne et autres réseaux sociaux, c’est encore un passage quasi obligatoire pour la majorité des projets musicaux, des plus verts aux plus aboutis. Comme le rappelle Marcelle Galinari, directrice du Réseau Printemps, « on pourrait penser qu’avec Internet, les dispositifs de repérage classiques se ringardisent. Mais en réalité pas du tout. Ce qui est important pour un groupe émergent, c’est la scène ! Un groupe peut faire un très bon disque, de beaux enregistrements, et ne pas être du tout au point sur scène. C’est d’ailleurs un critère important pour les sélections : il faut des artistes qui savent tenir la scène ! La scène est un révélateur. Et souvent un critère déterminant pour les professionnels. »

Une offre pléthorique

Les artistes, qu’ils soient jeunes ou pas, «émergents» ou pas, «nouveaux talents» ou pas, se retrouvent aujourd’hui confrontés à une offre conséquente de dispositifs de repérage et de promotion. La base de données de l’Irma (Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles) recense plus de 200 tremplins, concours et championnats, et près de 30 dispositifs d’accompagnement sur l’ensemble du territoire. S’il est  parfois difficile de cerner le potentiel pour un développement futur, il convient déjà de distinguer les différentes formules, et ainsi définir ce qui correspond le mieux à un projet.

Concours, dispositifs, repérage, accompagnement, quelles différences ?

Premier niveau de ces dispositifs, les scènes ouvertes ou open mics. Ils sont en général locaux et s’adressent aux projets en démarrage. Ils permettent de tester des titres devant un public, et de rencontrer des musiciens. Un tremplin est une opération qui permet aux groupes retenus de bénéficier de coups de pouces, sous forme de prix ou de récompenses : programmation sur un grand festival, financement d’une première maquette, subvention directe… Faire la « tournée des tremplins » est une étape encore obligatoire mais également très formatrice. Et cela permet aussi un premier contact avec le milieu professionnel. Souvent, les jurys sont composés des acteurs du territoire (responsable de salle, tourneur local, etc.). Acteurs que l’on retrouve également dans les dispositifs d’accompagnement, plus conséquents, inscrits dans la durée, et souvent réservés aux projets plus avancés, voire à ceux déjà signés et disposant d’un entourage professionnel, mais nécessitant, configuration actuelle du marché oblige, un coup de pouce, financier, en communication, ou en promotion. Comme le nom l’indique, les artistes vont être accompagnés. Claude Guyot, figure historique du Fair, le Fonds d’action et d’initiative rock, l’explique ainsi : « c’est bien plus qu’un dispositif de repérage. C’est de l’accompagnement à la professionnalisation, au démarrage de carrière autour d’un premier album distribué physiquement à l’échelle nationale. Les artistes ne sont pas forcément des découvertes. Une moitié environ des lauréats a déjà un nom, ils sont déjà signés en maison de disques quand ils intègrent le dispositif. » 

Comment choisir où s’inscrire ?

La question qui se pose alors est, en apparence, simple : pour être sur de l’emporter, comment être le bon candidat, au bon endroit, au bon moment ? Pour Cyril Della-Via, qui s’occupe du dispositif d’accompagnement AA à Toulouse, la réponse est simple, et complexe à la fois : « cela peut paraître basique, mais ce qui compte avant tout, ce sur quoi les groupes sont en premier lieu évalués, c’est l’artistique. Il n’y a pas de secret, il faut faire de bons titres ». Sans recette miracle, ne reste plus qu’à cibler les dispositifs les plus adéquats.

C’est en premier lieu l’avancement du projet qui détermine le choix. On ne postule pas aux mêmes dispositifs si l’on est amateur, semi professionnel, signé en maison de disque ou autoproduit. Il faut se sentir à la hauteur, être motivé et évaluer le plus précisément l’avancement du projet et les besoins pour le développer. Il ne faut pas non plus être masochiste, et s’inscrire aux dispositifs pour lesquels l’on a des chances d’être retenu. Et là, il n’y a pas d’autres moyens que de lister les concours auxquels on peut prétendre, et faire un calendrier des dates limites d’inscription, en prenant bien soin d’envoyer des dossiers complets ! Pour cela,  l’Irma peut être une aide précieuse. Pour éviter toute déconvenue, les critères d’éligibilité doivent être scrupuleusement respectés : limite d’âge, obligation de résidence dans une ville ou un département, premier album ou non, entourage professionnel ou non, expérience de la scène… Ils sont plus ou moins contraignants, mais obligatoires…

Quelques conseils…

Même si la grande disparité des dispositifs, en termes de public visé et de retombées, interdit toute généralisation, quelques éléments incontournables sont à prendre en compte. « Tout d’abord, cela peut paraître idiot, mais il faut s’inscrire. Je veux dire par là qu’il ne faut pas hésiter, se poser trop de questions. Cela permet aussi aux groupes de se jauger », rappelle, comme une évidence, Marcelle Galinari. Et encore une fois, et comme toujours, cette démarche doit s’inscrire dans une stratégie ! Les concours et tremplins permettent de faire de la scène, de rencontrer des professionnels et le public, il serait dommage de ne pas en profiter. La responsable du Réseau Printemps poursuit ainsi :  « il faut se préparer : avoir du matériel de promotion à distribuer, que l’entourage professionnel, quand il existe, se déplace pour discuter et négocier avec d’autres professionnels, rencontrer la presse… Et plus les artistes seront impliqués, plus ils auront de chance de repartir avec des opportunités dans leurs bagages ».

Dans cette stratégie, la communication est primordiale, il faut donc faire attention à tout ce que l’on publie en ligne, les jurys ne manqueront pas d’aller apprécier la façon dont les artistes communiquent, s’ils ont déjà une base de fan, etc. Pour Cyrill Della Via, « aujourd’hui, il est très facile de communiquer tous azimuts, mais il faut bien réfléchir aux contenus que l’on met. Publier une vidéo avec une image pourrie et un son horrible d’un concert à l’arrache dans un bar peut desservir les postulants. Nous faisons toujours des recherches sur les groupes sur Internet. Même si on sait aussi faire la part des choses, les groupes doivent être vigilants ».

Au-delà des récompenses, une entrée dans le métier

C’est là un aspect important, et qui donne à ces dispositifs encore de l’avance sur le « tout en ligne ». Approcher et fréquenter le milieu professionnel est important pour savoir où l’on va, confirmer l’envie d’essayer de faire carrière, ou, pour les plus avancés, étoffer son réseau. Mais la professionnalisation, c’est aussi l’acquisition de compétences et de savoirs et savoir faires autres qu’artistiques. L’accompagnement devient alors du conseil personnalisé. « Nous faisons du conseil en management et en gestion de carrière, mais avant même cela, nous les sensibilisons aux pratiques et réflexes professionnels. Parfois, il faut reprendre la base : différence entre montant brut et net, etc. Nous faisons aussi de la mise en relation avec des professionnels, nous pouvons être amenés à les conseiller sur le choix d’un manager ou d’un tourneur. Nous pouvons également les aider à examiner des contrats… »,  insiste Cyril Della Via. Pour Claude Guyot, le constat est le même : « le Fair est indéniablement un accélérateur. Et c’est aussi parfois un excellent moyen de ne pas faire d’erreur, de ne pas signer de contrats désavantageux, d’être accompagné et conseillé par des gens qui n’ont d’autre intérêt que le développement de la carrière de l’artiste. »

Entrée dans le métier, certes, mais en aucun cas garantie de faire carrière. Les obstacles et les aléas sont nombreux, et même parmi les projets artistiques retenus par les dispositifs d’accompagnement les plus professionnalisants, tous ne passent pas forcément le cap.  « C’est, évidemment, très variable. Je me souviens de Jeanne Cherhal. En sortie de scène, elle signe chez Tôt ou tard pour le disque et Astérios pour le tour, immédiatement. Cocoon, Anaïs ont également tout de suite marché. Ce n’est pas le cas pour tous, mais environ un tiers chaque année tire son épingle du jeu », précise ainsi Marcelle Galinari.

Nouveaux talents ou confirmation ?

S’il existe des concours et tremplins pour tous les niveaux de développement, les plus importants, ceux qui permettent de franchir un cap significatif vers la professionnalisation, sont-ils des découvreurs de nouveaux talents ? Pas exactement… Les mutations profondes qu’a connu l’industrie musicale ces 15 dernières années n’y est pas pour rien, et l’on demande aux artistes d’avoir déjà enclenché un travail de développement. « Auparavant, nous étions vraiment dans du repérage, c’est à dire que nous présentions des groupes que personne n’avait encore vu. C’est de moins en moins possible. On sait bien qu’avec Internet, un groupe peut faire sa promo avant même d’exister ! (…) On essaye donc d’avoir des groupes déjà un peu repérés dans leur région, mais pas nationalement, ainsi que certains qui sont plus identifiés. (…) On est là dans notre mission : mettre le pied à l’étrier à des projets qui ont déjà, en amont, fait un travail minimum. S’ils sont déjà repérés, nous leur apportons le petit coup de pouce qui peut les faire basculer. Cela permet justement aux professionnels de venir confirmer les échos qu’ils ont eu des groupes. Souvent, ils en ont entendu parler, ont vu passer le nom, mais ne les ont pas forcément vus sur scène. A fortiori s’ils viennent de province. Fauve, cette année, en est un très bon exemple », développe ainsi Marcelle Galinari.

S’il faut déjà être connu pour être repéré, le paradoxe semble insoluble… Mais il ne faut pas désespérer, et redoubler d’effort et d’ingéniosité. Rien n’empêche de se présenter plusieurs années de suite ! Et n’oubliez pas aussi les offs des festivals. Ils  présentent également un intérêt certain, surtout pour les non-retenus ! Se rabattre sur tous les lieux périphériques d’un gros événement peut être utile. En ciblant bien les événements,  l’on peut trouver un public sensible à sa musique (et acheteur de merchandising !), et peut être même quelques professionnels qui se seraient éloignés des sentiers battus, en quête de l’ovni musical que personne d’autre n’a vu venir… Peut-être vous ?

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