Jérémy Galliot, Chargé d’information-ressource – Fédération Hiero Limoges

–  Pouvez-vous présenter Hiero Limoges ?

Hiero Limoges existe depuis plus de 15 ans, avec comme cœur d’activité l’organisation de concerts. Au fur et à mesure de l’expérience accumulée, nous nous sommes rendus compte que nous pouvions la transmettre. Nous sommes une structure installée, donc des gens venaient frapper à notre porte pour avoir des conseils. Il y avait auparavant une agence régionale, Musique et danse en Limousin. Quand elle a disparu, les demandes ont augmenté. Nous avons donc choisi de monter un lieu ressource, en recrutant une personne avec de l’expérience. Assurer une activité de ressource nécessite des savoirs et des savoir faire. L’idée, c’est de pouvoir aider tous les porteurs de projets musicaux, et ponctuellement plus largement spectacle vivant. Nous recevons environ 130 porteurs de projets par an.

– Combien de personnes travaillent sur la ressource ?

L’ensemble de l’équipe peut être mobilisée, en fonction des compétences, mais une personne est dédiée spécifiquement, sur un tiers de son temps, pour les rendez-vous conseil. Nous n’avons pas toujours réponse à tout, mais nous avons la capacité de mobiliser un réseau de personnes ressource, ou d’orienter les demandeurs pour leur permettre d’obtenir des réponses, sur l’ensemble de la région.  Nous ne pouvons pas intervenir en direct partout sur le territoire, donc nous identifions, formons et travaillons avec des points d’information : médiathèques, studios de répétitions, espaces jeunesse, etc. 

–  Comment travaillez-vous ?

Il y a une chose importante à préciser. Certains demandeurs viennent nous voir en pensant que nous allons faire à leur place. Le principe de la ressource, c’est, selon le proverbe, d’apprendre aux gens à pêcher, pas de leur donner du poisson.

–  Comment un porteur de projet peut-il entrer en contact avec vous ?

Nous avons une permanence tous les mercredis après-midi. Mais c’est surtout sur rendez-vous que cela se passe. Les porteurs de projet projet peuvent nous contacter par mail ou par téléphone pour convenir d’une rencontre physique. La rencontre humaine a une place importante dans notre rôle. Cela permet de personnaliser les conseils.

Quels types de conseils apportez-vous ?

Prenons un exemple. Un musicien vient d’enregistrer un disque, et il souhaiterait commencer à se développer. Nous allons essayer d’analyser la demande, notamment par rapport à l’expertise territoriale que nous avons. Sur le Limousin, il n’y a pas de labels professionnels de rock. En discutant, très souvent, on se rend compte que la demande n’est pas de trouver une maison de disques, mais de « sortir » son disque. Là, on peut fournir un budget type sur une production, des contacts chez différentes entreprises de pressage, de mastering, des contacts de graphistes sur la région qui pourraient faire des jaquettes, mais aussi le détail des aides financières auxquels le porteur peut prétendre. En plus de cela, nous l’informerons précisément sur le cadre réglementaire, comme les droits d’auteur, les droits de reproduction mécanique, etc. Après, on réfléchira aussi plus globalement sur la stratégie : faut-il le sortir dès réception de l’usine, ou commencer pendant trois mois par faire des concerts, de la promo, pour créer un « buzz », une demande. Cet exemple est transposable également pour une personne qui souhaiterait organiser un concert ou un festival.

–  Votre premier rôle est donc d’identifier les bonnes questions à se poser ?

Notre travail consiste à réinterroger la demande exprimée, et de la transformer en un besoin réel. C’est là un travail primordial, qui ne peut se faire que dans l’échange direct. On trouve aujourd’hui beaucoup d’informations sur Internet, mais il faut être en mesure de faire le tri, et surtout de poser les bonnes questions ! Pour reprendre l’exemple de la sortie d’un disque, si l’on tape « comment chercher une maison de disques » en boucle, on ne tombera pas forcément sur la bonne information pour sortir soi même son disque.

Quelles sont les demandes les plus récurrentes ?

C’est très varié. Plus d’un tiers des demandes concernent des artistes qui cherchent à se produire en concert. Juste derrière arrivent les organisateurs d’événements qui cherchent le bon cadre pour organiser du spectacle.  Après, nous recevons plus de 50% de porteurs de projet amateurs, et 27% sont réellement des professionnels rémunérés pour leur activité. Nous nous adressons donc à tout le monde, amateur comme professionnel. Par professionnels, nous entendons aussi les personnes engagées par des structures du secteur, et qui ont des questions sur des points précis.

Seulement 12% des demandes concernent la musique enregistrée, alors qu’à 46% concernent le spectacle vivant, 11% des demandes concernent la communication. Dans 45% des cas, nous apportons comme réponse des contacts expertisés. Même s’ils ne sont pas verbalisés par les demandeurs, les besoins de communication sont toujours très présents. Nous renvoyons pour cela principalement la base de données de l’Irma. Enfin, 45% des demandes concernent du conseil administratif et juridique.

– Le lieu ressource, c’est finalement le premier passage obligatoire pour toute personne souhaitant professionnaliser son projet ?

Oui, mais il faut là apporter une nuance. Dans professionnaliser, il faut entendre, à mon sens, deux choses : se professionnaliser pour tirer des revenus de son activité, et faire preuve de professionnalisme. Beaucoup de demandeurs ne souhaitent pas nécessairement vivre de leur musique, mais faire vivre leur projet musical, de façon sérieuse, en respectant les règles. N’oublions pas aussi que la professionnalisation n’est pas forcément le but ultime à atteindre. Pour moi, il en va de la musique comme du sport. Des gens créent des équipes de foot ou de basket. Ils n’envisagent pas d’être professionnels, juste de jouer toutes les semaines, et cela leur suffit. Pourquoi serait-ce différent pour des artistes ? On peut très bien ne vouloir que faire 15 concerts par an, sortir un disque tous les 3 ans, sans aucune autre ambition derrière. Nous conseillons donc aussi des projets qui n’ont d’autre objectif que l’épanouissement personnel de ceux qui les portent. Et aussi de celles et ceux qui les écoutent !

Le lieu ressource est effectivement le premier sas vers le professionnalisme. Faire preuve de professionnalisme est nécessaire pour devenir professionnel, mais cela ensuite dépend d’une multitude de facteurs, et nous n’avons pas de recette miracle. Nous ne pouvons que montrer le chemin.

– Autre aspect de votre travail, la participation à des dispositifs de repérage et d’accompagnement. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous avons un dispositif d’accompagnement de 3 à 5 artistes par an, où là, il s’agit de  professionnalisation. Notre rôle est d’identifier les manques et les besoins, et d’y apporter des réponses concrètes, en s’investissant un peu plus avant. Par exemple, il n’existe quasiment pas de tourneur professionnel dans notre région. Nous essayons donc d’assurer ce rôle de tourneur pour ces groupes sélectionnés. 

– Comment sélectionnez-vous ces groupes accompagnés ?

La première chose, encore une fois, c’est le contact. Nous ne faisons pas d’appel à candidatures sur Internet. Nous assurons donc le travail de repérage, soit parmi les artistes qui viennent nous voir, soit en scrutant les dispositifs existants, les tremplins…Nous sommes membres des jurys de dispositifs nationaux ou locaux. Et puis nous allons tous voir des concerts, sans même parler des premières parties que nous programmons chez nous. La spécificité du territoire du Limousin fait que nous sommes facilement au courant d’à peu près tout ce qui se passe.

–  Conseillez-vous également des labels ?

Comme je le disais, il n’existe pas, dans notre région, de label professionnel pour les musiques amplifiées. Par contre, il existe un certain nombre de micro labels montés par des passionnés, et qui ne sortent que quelques références. Pour continuer à s’investir sur des artistes, il sont besoin de conseils pour clarifier le cadre légal à l’intérieur duquel ils agissent, pour éviter de se faire épingler pour des questions de TVA, de fiscalité ou de droit d’auteur. Nous sommes en capacité de conseiller ces acteurs sur ces questions-là. Pour ces passionnés qui fonctionnent en complet do it yourself, les lieux ressources sont primordiaux.

– Quels conseils pourriez-vous donner à un porteur de projet qui souhaiterait se professionnaliser ?

Pour les gens qui souhaitent se lancer corps et âme dans leur projet musical, nous avons un rôle qui n’est pas des plus simples : couper tout enthousiasme forcené, et ramener à la réalité. Nous organisons régulièrement des rencontres avec des artistes, qui font part de leur expérience. Le but est de briser rapidement tous les fantasmes qui peuvent facilement exister dès que l’on parle d’artistique. C’est pour cela que nous essayons d’avoir un diagnostic le plus précis possible sur où en est un porteur de projet, et sur le chemin qui lui reste à parcourir avant d’envisager de tout arrêter pour ne se consacrer qu’à la musique. On passe alors dans une dimension que la Culture a du mal à intégrer. Il faut alors parler d’argent, de business plan, de rentabilité, etc. Pour des artistes qui ne se consacrent qu’à leur art, nous jouons aussi ce rôle : faire prendre conscience que développer un projet artistique, c’est presque comme créer une entreprise. Il faut mettre en adéquation la réalité avec les possibilités. Souvent, des organisateurs de concert viennent nous voir pour organiser un Zénith, et repartent avec l’idée de faire un café concert de 200 places. Nous leur avons permis d’économiser 10 000 euros, et surtout offert la possibilité de peut-être, un jour, organiser réellement un concert de 5 000 personnes.

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