Interview de Marcelle Galinari – Réseau Printemps

« La scène est un révélateur. Et souvent un critère déterminant pour les professionnels. »

On ne présente plus le Printemps de Bourges, qui chaque année lance la saison des festivals en France. Depuis 1985, l’association Réseau Printemps, née dans son giron, constitue le seul réseau national et régional organisé pour une véritable action culturelle de repérage et d’accompagnement des jeunes artistes vers la vie professionnelle. Marcelle Galinari, sa directrice, nous présente ce dispositif singulier, qui a notamment permis à des artistes comme Jeanne Cherhal ou Cocoon, de se faire connaître.

–  Qu’est-ce que Réseau Printemps ?

Le réseau est né en 1985. C’est l’outil de sélection et de repérage du Printemps de Bourges. C’est une association indépendante du festival, mais forcément très liée. Au début, l’association ne couvrait que trois régions, pour s’étendre progressivement à l’ensemble du territoire national à partir de 1988. Nous travaillons avec 25 antennes régionales, c’est à dire, non pas une structure, mais une personne par région, qui évolue dans le milieu des musiques actuelles, avec qui nous avons une convention, et qui est notre relais sur le territoire. Il y a également 3 antennes francophones (Suisse, Belgique et Québec) ainsi qu’une sur l’île de la Réunion. 5 conseillers artistiques, employés par Réseau Printemps, encadrent et accompagnent les différentes étapes. Ils font le lien avec le Printemps de Bourges. Ce sont tous des professionnels du secteur musical ou des médias spécialisés.

–  Quelles sont les différentes phases du dispositif ?

La première, c’est l’appel à candidature, entre septembre et octobre. Les artistes s’inscrivent directement en ligne sur notre site. Cette année nous avons eu autour de 3 860 dossiers. C’est toujours à peu près dans cet ordre de grandeur. Il y a ensuite une phase de présélection sur écoute, d’octobre à novembre. Chaque antenne monte ainsi un jury auquel participe un conseiller artistique, pour écouter les artistes de sa région.

De cette phase, et en fonction de la taille de la région, ressort en général entre 4 et 8 groupes. Vient ensuite la phase des auditions régionales. Chaque antenne en organise une dans sa région, les groupes sélectionnés passent ainsi sur scène. Leur prestation est filmée, et toutes les vidéos de concert sont centralisées à Paris.

En janvier vient la phase de sélection nationale, pendant laquelle on s’enferme et se chamaille durant une semaine environ ! Un jury, constitué des conseillers artistiques et de la direction du Réseau Printemps, écoute et visionne chaque jour les groupes de quatre antennes. On garde ainsi une trentaine de groupes, les fameux Inouïs du Printemps de Bourges !

– Vous respectez un équilibre régional ?

C’est l’artistique qui prime avant tout. Une région peut fournir 2 ou 3 artistes et d’autres aucun… Le nombre de lauréats n’est d’ailleurs pas fixe. Certaines années 34, d’autres 32… nous ne descendons jamais en dessous de 30. On ne peut pas aller au-delà non plus, si ‘lon veut que chacun ait une place sur le festival.

– Ensuite, ils sont donc tous programmés pendant le festival ?

Oui, chaque lauréat fait un set d’environ 30 minutes, c’est le même format que lors des auditions. Cela a en plus un côté rassurant pour eux. Les concerts se déroulent au 22, salle dans laquelle est programmée une partie du festival officiel. Là, ils jouent devant un parterre de professionnels. Le Printemps de Bourges est un rendez-vous incontournable pour la découverte ou la confirmation d’artistes par les maisons de disques et tourneurs. Il y a également le prix des Inouïs, décerné par le Printemps de Bourges. La dotation de ce prix varie : programmation à Bourges dans les deux années suivantes, participation à des festivals internationaux…

–  En dehors de la programmation au festival, vous faites également un travail d’accompagnement ?

Normalement notre mission se limite au repérage et à la sélection. Mais le milieu professionnel a changé, les artistes aussi, nous nous sommes donc adaptés, pour aller vers plus d’accompagnement. Avant de les amener à Bourges, nous attribuons à une dizaine de groupes une bourse de 1 000 euros, intitulée « En attendant le Printemps ». On l’attribue aux groupes qui en ont le plus besoin, pour se préparer. Cette somme peut servir à réaliser du matériel promotionnel (4 titres, affiches, plaquettes…), à l’organisation de concerts, pour une résidence, etc.

Nous avons également un partenariat avec le Studio des Variétés. Nous y envoyons les groupes qui ont besoin de travailler  leur jeu de scène, le chant, ou la technique d’interview, etc. Une fois par trimestre, nous programmons également au Centre musical Barbara Fleury-Goutte-d’or de Paris, trois artistes découvertes de l’année. Là aussi, les groupes ont l’occasion de jouer devant beaucoup de professionnels. Cela permet à ceux qui viennent de régions d’avoir au moins une présence et une visibilité à Paris.

Dans l’année qui suit la sélection, un lauréat peut nous solliciter sur des conseils, de la mise en relation…

–  Quel est le profil des candidats ? Faut-il déjà être dans le circuit ?

Tout d’abord, précisons que nous sélectionnons dans quatre esthétiques : chanson, rock, hip hop et electro. Je dirais que les choses ont quand même beaucoup changé. Auparavant, nous étions vraiment dans du repérage, c’est à dire que nous présentions des groupes que personne n’avait encore vu. C’est de moins en moins possible. On sait bien qu’avec Internet, un groupe peut faire sa promo avant même d’exister !

On ne peut bien évidemment pas sélectionner un groupe qui n’a jamais fait de scène, le risque est trop grand de se retrouver avec des concerts chaotiques qui desserviraient le groupe. On essaye donc d’avoir des groupes déjà un peu repérés dans leur région, mais pas nationalement, ainsi que certains qui sont plus identifiés. Tant qu’ils correspondent aux critères de sélection bien sûr. Si un artiste signé en major ne peut se présenter, on ne peut pas empêcher les groupes d’avoir déjà un environnement professionnel : manager, tourneur local… Ils ont tous fait au moins quelques concerts dans leur région, voire dans les régions limitrophes.

On est là dans notre mission : mettre le pied à l’étrier à des projets qui ont déjà, en amont, fait un travail minimum. S’ils sont déjà repérés, nous leur apportons le petit coup de pouce qui peut les faire basculer. Cela permet justement aux professionnels de venir confirmer les échos qu’ils ont eu des groupes. Souvent, ils en ont entendu parler, ont vu passer le nom, mais ne les ont pas forcément vus sur scène. A fortiori s’ils viennent de province. Fauve, cette année, en est un très bon exemple.

–  Pour faire simple, vous permettez aux artistes d’être en contact avec le monde professionnel ? Comment s’enclenchent les choses ensuite ?

C’est, évidemment, très variable. Je me souviens de Jeanne Cherhal. En sortie de scène, elle signe chez Tôt ou tard pour le disque et Astérios pour la tournée, immédiatement. Cocoon, Anaïs ont également tout de suite marché. Ce n’est pas le cas pour tous, mais environ un tiers chaque année tire son épingle du jeu.

–   Créés initialement pour répondre à un vrai besoin, pensez-vous que le Réseau Printemps, et les dispositifs de repérage dans leur ensemble, sont toujours des outils pertinents ?

On pourrait penser qu’avec Internet, les dispositifs de repérage classique se ringardisent. Mais en réalité pas du tout. Ce qui est important pour un groupe émergent, c’est la scène ! Un groupe peut faire un très bon disque, de beaux enregistrements, et ne pas être du tout au point sur scène. C’est d’ailleurs un critère important pour les sélections : il faut des artistes qui savent tenir la scène ! C’est un révélateur. Et souvent un critère déterminant pour les professionnels.

–  Quels conseils donneriez-vous aux futurs candidats ?

C’est difficile à dire. Tout d’abord, cela peut paraître idiot, mais il faut s’inscrire. Je veux dire par là qu’il ne faut pas hésiter, se poser trop de questions. Cela permet aussi aux groupes de se jauger. Ensuite, il faut arriver à Bourges un minimum préparé. Tout simplement parce que le public  professionnel est exigeant. Peut-être parce que nous les avons habitués à de la qualité ! Venir sans avoir travaillé, c’est suicidaire. Le groupe risque d’y laisser des plumes, et l’expérience d’être contre productive. Nous sommes très attentifs à cela, nous aidons au démarrage de carrière, ce serait dommage de provoquer des crashs au décollage… Il y a aussi une chose à éviter : être 10 sur scène pour une musique qui pourrait être jouée à deux, cela n’a aucun intérêt. Penser que l’on va mieux occuper la scène d’un grand festival avec des invités sur scène, c’est une erreur totale. Bien sûr, c’est un moment où ils ressentent de la pression, c’est un moment important pour eux. Il faut savoir la gérer.

–  Pour maximiser l’effet d’un passage à Bourges, il faut quand même mettre sur pied un plan promo ?

Pour que le passage à Bourges débouche sur quelque chose, il faut le préparer : avoir du matériel de promotion à distribuer, que l’entourage professionnel, quand il existe, se déplace pour discuter et négocier avec d’autres professionnels, rencontrer la presse… Des choses qui paraissent évidentes, mais qu’il est toujours bon de rappeler. Et plus les artistes seront impliqués, plus ils auront de chance de repartir avec des opportunités dans leurs bagages.

 

< Retour aux conseils pratiques