Interview de Cyrill Della-Via, Avant-Mardi (repérage et accompagnement des jeunes artistes en Midi-Pyrénées)

Cyril Della-Via, médiateur culturel chez Avant-Mardi, présente le dispositif d’accompagnement AA dont il est responsable, son fonctionnement et ce qu’il apporte aux artistes sélectionnés. L’occasion aussi d’aborder les difficultés spécifiques aux groupes émergents en régions.

–   Comment s’est créé AA ?

C’est en regardant ce qui se faisait dans d’autres régions que nous avons voulu, nous aussi, nous doter d’un dispositif d’accompagnement à l’échelle régionale. Le dispositif existe depuis 2010, est entièrement financé par la région Midi-Pyrénées, et est ouvert à tous les styles, même si le lien avec le Printemps de Bourges focalise plus sur le rock, la pop, la chanson, l’electro et le hip hop.

Avant-Mardi est un réseau régional, un centre de ressources et aussi l’antenne régionale du Réseau Printemps. Nous sommes donc en contact avec tous les professionnels du secteur musical de la région (tourneurs locaux, labels…).

C’est sur cette base que l’on a créé AA. L’idée était de voir comment nous pouvions faire travailler ensemble tous les acteurs afin d’avoir des groupes locomotives en région, en voie de professionnalisation. 

– C’est un dispositif lié aux Inouïs du Printemps de Bourges ? Pour quelles raisons ?

 Nous faisons le travail de repérage d’une antenne Printemps de Bourges. AA est en quelque sorte un complément, un prolongement. Nous envoyons 1 ou 2 groupes au Printemps chaque année. En plus des sélectionnés, nous choisissons 1 ou 2 artistes parmi les artistes auditionnés  que l’on va accompagner. Et les artistes retenus par le Printemps sont automatiquement inclus dans le AA. Cette année, c’était le cas pour deux artistes.

Lier les deux dispositifs permet d’augmenter la cohérence et l’impact de nos actions. En mutualisant les auditions, nous pouvons toucher plus les professionnels, et cela permet de ne pas se disperser. Chaque année, on met le paquet sur quelques artistes qui bénéficient d’un accompagnement le plus complet possible. On maximise ainsi les chances de débouchés.

– De qui est composé le jury ?

De professionnels. J’ai volontairement choisi d’ouvrir largement les jurys régionaux (Printemps de Bourges et AA) à tous les acteurs du territoire. On trouve donc des labels, des tourneurs, des programmateurs de salles (Smac, pôles structurants), etc. Au delà de la rationalisation du travail de repérage, cela permet aussi de faire connaître et se rencontrer les professionnels de la région. Et pour les artistes de se faire connaître par eux !

– En quoi consiste l’accompagnement proposé par le dispositif AA ?

L’accompagnement s’étend sur une année, et il n’est pas figé. Nous sommes, avant tout, à l’écoute des besoins des artistes, en fonction de la spécificité de leur projet et de leur état d’avancement et de professionnalisation.

Un budget est alloué pour chaque groupe, qui peut être utilisé pour une résidence, un enregistrement, du coaching scène… Il y a également une aide à la diffusion. Chaque groupe bénéficie d’une aide sur 7 dates : Avant-Mardi couvre 50% du coût du plateau artistique. Théoriquement, cela se découpe ainsi : 5 dates en Midi-Pyrénées et 2 dates hors région, mais on s’adapte en fonction des opportunités.  C’est une incitation intéressante pour les programmateurs.

Avec les régions PACA et Rhône-Alpes, des échanges inter-régionaux privilégiés existent. Nous accueillons des artistes de ces régions, et nous leur proposons les nôtres. Cette année, Noir Cœur a eu l’opportunité d’une date en Languedoc-Roussillon en première partie de Tricky. Nous n’avons donc pas hésité à les soutenir. Et à chacune de ces dates, nous invitons des professionnels, pour qu’ils puissent être programmés ailleurs dans la foulée. En parallèle, via le protocole d’accord AOC musique, nous privilégions les dates où les pros se déplacent, pour maximiser l’impact. Il y a aussi d’autres partenariats, comme avec le festival Toulouse d’été, qui programme chaque année un des lauréats. Le festival Pause guitare programme également 2 lauréats AA.

– On est là sur des artistes « découverte », ou déjà un peu repérés, en voie de professionnalisation ?

En très grande majorité, ce sont des artistes en voie de professionnalisation, qui ont besoin d’un petit coup de pouce pour passer le cap. Ils n’ont pas forcément d’entourage professionnel d’ailleurs, mais quand ils sont peu encadrés, cela devient plus compliqué, nous ne pouvons pas faire tout le travail. Cette année, c’était le cas de Noir Cœur et Sing Sing My Darling. Ils sont aujourd’hui en discussion avec des tourneurs et labels.

– Vous faites aussi du conseil aux groupes ?

Evidemment, c’est en cohérence avec notre mission de centre de ressources. Nous faisons du conseil en management et en gestion de carrière, mais avant même cela, nous les sensibilisons aux pratiques et réflexes professionnels. Parfois, il faut reprendre la base : différence entre montant brut et net, etc. Nous faisons aussi de la mise en relation avec des professionnels, nous pouvons être amenés à les conseiller sur le choix d’un manager ou d’un tourneur. Nous pouvons également les aider à examiner des contrats… Bref, ce que fait au quotidien un centre de ressources, mais en plus suivi et personnalisé.

– Quels conseils donneriez-vous aux groupes candidats ?

Evidemment, étant donnée la particularité du dispositif AA, les groupes doivent, encore pour l’instant, postuler aux Inouïs du Printemps de Bourges. Cela peut paraître basique, mais ce qui compte avant tout, ce sur quoi les groupes sont en premier lieu évalués, c’est l’artistique. Il n’y a pas de secret, il faut faire de bons titres… Un élément tout de même que je répète souvent : bien faire attention à sa communication en ligne. Forcément, on regarde ce que les groupes publient sur Internet. Aujourd’hui, il est très facile de communiquer tous azimuts, mais il faut bien réfléchir aux contenus que l’on met. Publier une vidéo avec une image pourrie et un son horrible d’un concert à l’arrache dans un bar peut desservir les postulants. Nous faisons toujours des recherches sur les groupes sur Internet. Même si on sait aussi faire la part des choses, les groupes doivent être vigilants. Mais la plupart du temps (A priori), parmi le jury large de professionnels de la région, au moins une ou deux personnes a vu le groupe une fois sur scène.

– Les groupes doivent donc avoir au moins un minimum réfléchi à une stratégie, sinon de développement, au moins de communication ?

Tout à fait. Pour aborder ces questions, je rencontre individuellement les 8 groupes que l’on sélectionne aux auditions régionales. Cela permet de jauger leur état d’esprit, de discuter de la façon dont ils envisagent les choses… Certains artistes sont repliés sur eux-mêmes, n’ont pas du tout envie d’entrer en collaboration, d’avoir des conseils…C’est déjà arrivé, et cela peut poser problème pour l’accompagnement ultérieur. Il faut donc le savoir vite.

– Ce type de dispositifs en régions permet-il de casser un peu le fonctionnement très centralisé autour de Paris ?

C’est un fait, la majorité des professionnels du secteur sont à Paris. C’est effectivement plus compliqué pour un artiste de Toulouse ou d’ailleurs de percer. Disons, pour être exact, que cela prend beaucoup plus de temps. Par exemple, Cats, repéré en 2010, ne va sortir son premier album que cette année ! Mais les choses vont en s’améliorant. Nous aidons souvent les groupes pour aller faire des concerts à Paris, pour faire un peu parler d’eux. C’est d’ailleurs très important pour nous d’appuyer les groupes locaux, de montrer la vitalité de la création.

– Des nouveautés, des évolutions  à venir pour le dispositif AA ?

Nous allons probablement ouvrir les candidatures au delà des sélections Printemps de Bourges, pour toucher plus largement les artistes locaux, dont certains ne sont pas intéressés par le Printemps, mais ont besoin d’un coup de pouce quand même. Nous étudions également la possibilité de passer de 3 à 5 groupes accompagnés par an. La demande ne cesse de croître. Et nous sommes constamment en recherche de nouveaux partenaires pour développer les débouchés pour les groupes. Nous travaillons actuellement beaucoup avec les festivals, et nous souhaiterions peut-être nous ouvrir plus vers les réseaux de salles, en interrégional avec PACA et Rhône Alpes notamment.

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