Export : interview de Corinne Serres – Mad Minute Music, producteur de spectacles

Mad Minute Music« C’est en grande partie grâce aux aides que l’on arrive à faire du développement de nouveaux artistes. »

Mayra Andrade, Lokua Kanza ou encore Ballaké Sissoko et Vincent Segal : de nombreux grands noms des musiques du monde ont pour producteur de spectacles Mad Minute Music. Corinne Serres explique les stratégies de demandes d’aides pour le développement d’artistes, en France et à l’international.

– Que fait Mad Minute Music ?

Depuis 1988, Mad Minute Music est une société de production de concerts, de tournées et de management d’artistes, majoritairement en musiques du monde. Nous sommes donc amenés à représenter notre catalogue d’artistes à travers le monde. Nous avons donc du, au fil des années, développer nos compétences sur l’export. Dans notre catalogue, on trouve des artistes comme Tumi and the Volume, Ballaké Sissoko et Vincent Segal, Mayra Andrade, Lokua Kanza, Lo’Jo, etc.

– Quels types de programmes d’aide sollicitez-vous ?

Nous avons potentiellement besoin d’aides à différents moments de notre travail. Nous faisons du développement de carrière sur le long terme. Pour faire connaître et investir sur les artistes en développement, nous avons besoin de soutien financier, les frais de production étant plus élevés que les recettes. C’est essentiellement sur ce type de projets que nous sollicitons des aides, le plus souvent auprès du CNV, puisque c’est la structure la plus proche du métier et de ses problématiques, et la plus souple. En effet, nous ne sommes pas obligés de rendre les dossiers 3 mois à l’avance. Nous sollicitons diverses commissions, la 45 pour l’aide au développement, ou encore la commission 9 export  conjointe avec le Bureau Export ou la 10. Nous sollicitons également la Sacem.

– Que vous permettent de réaliser les aides obtenues ?

Cela permet que les projets existent ! Nous ne travaillons pas sur de grands artistes internationaux qui rapportent des fortunes. Les bénéfices sont réinvestis sur les nouveaux projets. Nous ne sommes pas en capacité financière de pouvoir le faire tout seul. La situation a beaucoup changé. Nos partenaires ne sont plus aussi présents qu’avant. Il y a encore quelques années les maisons de disques nous aidaient sur la communication, la promotion, le marketing. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui, la plupart se sont retirés. On est donc seuls pour investir sur le marketing, à quelques exceptions près. Les aides sont donc indispensables aujourd’hui pour le développement de nouveaux artistes.

Par exemple, nous avons mis en place une résidence à Paris au studio de l’Ermitage pour le groupe de rumba congolaise Black Bazar. L’aide allouée nous permet d’investir plus encore en communication et marketing, d’être présents en affichage dans le métro.

– Vous ne sollicitez des aides que pour les artistes en développement ?

Pour les artistes déjà établis, nous sollicitons beaucoup moins les programmes d’aide, sauf sur certaines occasions à l’export. Les tournées aux États-Unis sont  très coûteuses, mais  elles sont indispensables pour le développement à l’international. C’est le plus gros marché du monde. Les artistes insistent beaucoup pour y aller. Les frais supplémentaires de voyage et d’administration (visas, permis de travail…) sont énormes. Ce peut aussi être le cas sur des projets de spectacles exceptionnels, par exemple avec un orchestre.

– Pouvez-vous donner des exemples de projets ayant bénéficié d’aides à l’export ?

 Nous avons bénéficié d’aides de la commission export (Bureau export/CNV) pour présenter des artistes dans des showcases au Global Fest à New York. C’est un rendez-vous incontournable pour les organisateurs de spectacles de musiques du monde d’Amérique du Nord, un passage quasi obligé. On essaye régulièrement d’y présenter des artistes : cette année Lo’Jo, l’année dernière Mayra Andrade, celle d’avant Ballaké Sissoko et Vincent Segal. A chaque fois, nous avons été aidés par cette commission.

– Quelles sont les retombées de ce type d’opérations ?

En termes de tournée et de promo, elles sont très importantes. Grâce à leur passage là-bas, Ballaké Sissoko et Vincent Segal ont pu faire deux tournées aux États-Unis. Les retombées sont réelles, mais l’investissement initial pour un showcase est conséquent, puisqu’il n’y a aucun revenu de billetterie en face. Une aide permettant de couvrir une partie des frais est indispensable.

– L’export est donc primordial dans votre stratégie de développement ?

Vu notre catalogue, nous avons de plus grandes opportunités de développement à l’export que pour des groupes de chanson française. D’un point de vue purement économique, c’est indispensable. On multiplie le potentiel de l’artiste. N’oublions pas qu’il est aussi plus facile d’aller à l’export avec un projet qui marche en France. Avec Ballaké Sissoko et Vincent Segal, cela a permis de faire sortir l’album Chamber music partout dans le monde, et de tourner en Europe, au Japon, etc. Ce sont des ressources supplémentaires.

Pour nous, l’export représente la moitié de notre chiffre d’affaires. Si certains marchés s’effondrent, comme l’Espagne, des marchés comme le Brésil sont en pleine explosion et représentent des opportunités réelles. Et puis, exactement comme pour les yaourts, il est important d’exporter le savoir-faire français ! N’oublions pas que la France est une plateforme incontournable et pionnière pour les musiques du monde. Et ce sont souvent des artistes africains, comme Salif Keita ou Amadou et Mariam, qui représentent la France et la francophonie à l’étranger.

– Les aides sont donc indispensables ?

Il faut être clair : c’est en grande partie grâce aux aides que l’on arrive à faire du développement de nouveaux artistes. La logique est la suivante : développer sur plusieurs années un projet, pour qu’il devienne autosuffisant, et si cela est possible, à terme, dégager de l’argent pour financer les prochains projets. Et puis cela permet aussi de rapporter de l’argent au CNV, pour que celui-ci puisse le réinjecter pour aider de nouveaux artistes en développement ! C’est un système de retour sur investissement !

– Quels autres organismes sollicitez-vous ?

Nous sollicitons également la Sacem, même si les programmes sont très différents. Pour Mayra Andrade, nous avons été soutenus par le programme d’aide au développement de carrière. Cela nous a permis de financer des répétitions, des filages, et d’améliorer le spectacle. Et de compléter le financement sur d’autres postes : showcase, export, etc.

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