Crowdfunding : un outil au service de la musique

Les subventions et autres programmes d’aides sont-ils les seuls moyens pour financer un projet dans le secteur musical ? Non ! On peut aussi se tourner vers… le public ! A l’heure des réseaux sociaux triomphants, nombreux sont ceux à recourir au financement participatif. Si pour l’instant, se sont surtout les artistes en démarrage ou autoproduits qui s’y frottent, tout le monde peut tenter l’expérience, même les labels et les producteurs de spectacles.

Financer un projet musical peut s’avérer coûteux, c’est un fait. Pour les projets en démarrage, ou ne bénéficiant pas d’un entourage professionnel très étoffé, obtenir des aides des organismes professionnels est possible, mais peut s’avérer difficile. Pour des projets plus établis, les budgets ne sont pas non plus aisés à monter et peuvent nécessiter des compléments. Comment faire alors ? Financer sur ses deniers propres ou emprunter bien sûr, mais il est aussi possible de recourir au crowdfunding ou financement participatif.

Faire appel au public, existant ou potentiel, s’appuyer sur une fanbase pour pouvoir enclencher ou développer la carrière d’un artiste, c’est une stratégie qui n’a rien de très nouveau. Mais l’arrivée et le succès d’Internet, puis des réseaux sociaux liés, a fourni des outils permettant de démultiplier les possibilités en la matière. Comme le précise Adrien Aumont, fondateur de Kiss Kiss Bank Bank, « aujourd’hui, on peut créer de la musique, communiquer et lever des fonds depuis son studio ».

Crowdfunding, comment ca marche ?

Le crowdfunding est une approche permettant le financement de projets en faisant appel à un grand nombre de personnes ordinaires (internautes, réseaux de contact, amis, etc.) pour faire de petits investissements. Une fois cumulés, ces investissements permettront de financer des projets qui auraient potentiellement eu des difficultés à recevoir un financement traditionnel. Grâce aux réseaux sociaux et aux communautés en ligne, il devient aujourd’hui facile et peu coûteux de joindre un grand nombre de personnesintéressées à soutenir des projets. Si tout type de projet peut être soumis, « la musique est rapidement devenue l’une des catégories les plus importantes du site, avec près de 200 projets financés » confie Alexandre Boucherot, fondateur d’Ulule. Idem pour Kiss kiss bank bank, où les secteurs les plus représentés sont : l’audiovisuel, ensuite la musique puis le spectacle vivant.

Le fonctionnement est simple : il faut atteindre un montant fixé en amont en un temps donné, 3 mois en général. Et en échange de leur participation, les financeurs reçoivent des contreparties. En aucun cas un retour sur investissement, il ne s’agit pas de coproduction. Le porteur reste le seul détenteur de son projet. Il n’y a donc ni associés, ni producteurs, au contraire d’un label participatif, où chaque contributeur est un « coproducteur ».

Les effets « secondaires » : communication et engagement du public

Au delà d’être une source de financement potentiel, une campagne de crowdfunding présente d’autres intérêts. Elle permet en effet de communiquer autour d’un artiste ou d’un projet, en mobilisant la communauté gravitant autour de celui-ci. Elle encourage le public à devenir actif, et permet de développer l’audience, c’est un outil supplémentaire pour soutenir les stratégies de diffusion. Pour Alexandre Boucherot,  « la collecte est l’occasion de récolter des fonds mais également d’étendre sa notoriété grâce à une communication active autour de son projet à venir. Pour le contributeur, le soutien à un projet apporte une double satisfaction : celle d’être intégré à une aventure créative collective (et à partager) et celle de recevoir les objets liés à la création. En plus de la levée de fonds, c’est un outil de communication pour les artistes. » Mais attention, ce n’est pas non plus miraculeux, et si l’on peut développer son public, il est toujours plus facile de lever des fonds quand on dispose d’une fanbase établie au préalable.

Quelques conseils…

Il n’y a évidemment pas de recette miracle, mais il y a quelques notions de base à avoir en tête. En premier lieu, savoir de quoi est constituée une communauté. Schématiquement, on pourrait la représenter sous la forme de trois cercles. Le premier cercle, est constitué des relations proches  (la famille, les amis…). Le deuxième, ce sont les amis d’amis, des gens un peu plus éloignés, que l’on ne connaît pas ou peu, ou que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Enfin, le troisième cercle, c’est le grand public.

Pour réussir, il faut être méthodique et travailler les cercles dans l’ordre.  Et  comme le précise Adrien Aumont, « il faut cibler tous les relais permettant de se faire connaître sur son créneau ». Une fois passés les premiers cercles, il faut aller vers les fans du type de musique réalisé, en allant sur les blogs dédiés, en se faisant connaître des influenceurs dans le domaine, etc…   

Précision importante, quand on lève des fonds, il faut respecter certaines règles comptables très strictes, en termes de structure, de déclaration aux impôts, de TVA. Sans oublier la possibilité d’émettre des reçus fiscaux aux donateurs pour qu’ils bénéficient de réductions d’impôt, même si le statut fiscal du crowdfunding reste encore aujourd’hui à clarifier. C’est d’ailleurs une des propositions du récent rapport de la commission Lescure sur l’Acte II de l’exception culturelle.

Le crowdfunding va-t-il tuer les labels ?

Après la démocratisation des moyens de production et le développement des home studios, la multiplication exponentielle des canaux de communication numériques, il ne manquait que la dimension financière pour que les projets artistiques puissent être potentiellement autosuffisants, et se développer selon les modèles do it yourself (faire par soi-même). C’est désormais chose faite avec les plateformes de financement participatif, pourrait-on penser. Pour Alexandre Boucherot, «les outils sociaux et communautaires vont être au cœur des évolutions dans le secteur de la musique dans les prochaines années. En ce qui concerne le financement participatif, le développement actuel est exponentiel et rien n’indique un ralentissement ». Mais de même qu’avoir un home studio ne confère pas automatiquement les compétences d’un ingénieur du son professionnel, disposer d’outils de levée de fonds ne permet pas automatiquement de devenir producteur. En se développant, ces moyens de financement viendront s’ajouter, sans se substituer, aux moyens traditionnels. Et si tous les outils sont réunis pour que les artistes reprennent leur autonomie, Adrien Aumont tempère le propos : « Une signature en maison de disques est quand même encore souvent un objectif souhaité ».  De même, pour Alexandre Boucherot, « faire croire que les intermédiaires professionnels sont obsolètes est mensonger ». En effet, ce serait oublier que produire un artiste est un métier, avec des savoir-faire, et qu’un label n’est pas qu’une source financière, mais aussi un accompagnement professionnel, de direction artistique, de marketing, etc. Pour Adrien Aumont, l’avenir n’est pas à la disparition des maisons de disques : « les labels eux-mêmes vont se mettre au crowdfunding pour produire leurs artistes ».

Liens utiles :
Méthode du crowdfunding avec toutes les clés pour mener au mieux une campagne : http://www.kisskissbankbank.com/fr/pages/help
Guide fiscal du crowdfunding : http://fr.vox.ulule.com/financement-participatif-crowdfunding-traitement-fiscal-et-comptable-fonds-collectes-et-verses-sommaire-2918/

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