Crowdfunding : interview de Adrien Aumont, cofondateur du site Kiss Kiss Bank Bank

– Qu’est-ce que Kiss Kiss Bank Bank ?

Kiss Kiss bank bank, c’est une plateforme de crowdfunding, de financement participatif pour les projets créatifs et innovants, qui fête ses 3 ans. Les porteurs de projets peuvent ainsi faire appel à leur communauté et au grand public pour financer leurs projets. Depuis 2010, on a collecté plus de 5,5 millions d’euros, de façon exponentielle chaque année : 100 000 euros en 2010, 600 000 en 2011, 2,4 millions en 2012 et les prévisions pour 2013 tournent autour de 6 à 7 millions d’euros. La plateforme a permis de financer plus de 3 000 projets, avec une moyenne autour de 3 500 euros et un soutien moyen autour de 50 euros et un taux de réussite aujourd’hui de 62%.

– Pourquoi avoir créée ce site ?

Avec Ombline, mon associée, on a constaté que le secteur de la musique était dans une situation très compliquée. D’un côté, une baisse abyssale du marché et de l’autre une consommation de musique en augmentation exponentielle. Nous n’avons bien évidemment pas la prétention de régler le problème de modèle économique que connaît la filière musicale. Néanmoins, avec l’émergence des réseaux sociaux, les moyens de communication à disposition des artistes se sont accrus. Nous voulons leur donner les moyens de continuer à pouvoir créer. Même s’ils n’arrivent pas nécessairement à vendre par la suite, ils peuvent s’appuyer sur une communauté mobilisable. Aujourd’hui, on peut créer de la musique, communiquer et lever des fonds depuis son studio.

– Quels sont les types de projets présentés sur Kiss Kiss Bank Bank  ?

Les secteurs les plus représentés sur la plateforme sont l’audiovisuel, ensuite la musique puis le spectacle vivant.

– Ce nouveau mode financement correspond bien au renouveau des modèles DIY (Do It Yourself – Le faire par soi-même) de plus en plus développés par les artistes, dans un contexte où signer en maison de disques est plus difficile ?

Développer des nouveaux talents, les grosses maisons de disques ne savent plus le faire. Elles n’ont plus la capacité d’investissement et la vision du marché nécessaires. Aujourd’hui, tous les outils sont réunis pour que les artistes reprennent leur autonomie. Une signature en maison de disques est quand même encore souvent un objectif souhaité. Disons qu’un outil comme le notre ouvre des possibles pour tout projet artistique en développement.

– Le crowdfunding est aussi un bon outil de communication ?

Oui, mais il est toujours plus facile de lever des fonds quand on dispose d’une fanbase établie au préalable. On ne se créé pas une fanbase en faisant du crowdfunding, ou en tout cas à la marge.

– Comment fonctionne le service ?

Il y a 3 règles. Il faut atteindre l’objectif fixé dans un délai de 90 jours maximum . Si ce montant n’est pas atteint, l’argent est rendu aux internautes. Ces deux contraintes permettent de créer une mobilisation plus grande des internautes financeurs, en donnant un caractère d’urgence. La communauté va ainsi sentir qu’elle doit se mobiliser !
La troisième règle, c’est celle des contreparties. En fonction du montant investi, vous avez droit à votre nom dans l’album, des places de concert, un préachat du disque, un concert à emporter, etc… Ces contreparties matérialisent un lien émotionnel fort avec le projet soutenu, et crée du lien social entre un créateur et sa communauté.

– Ca ne se fait pas tout seul…

Non, c’est à l’artiste de créer puis de mobiliser sa communauté. Une communauté peut être définie en 3 cercles. Le premier cercle, est constitué des relations proches  (la famille, les amis…). Le deuxième, ce sont les amis d’amis, des gens un peu plus éloignés, que l’on ne connaît pas ou peu, ou que l’on n’a pas vu depuis longtemps. Enfin, le troisième cercle, c’est le grand public. Le grand public, c’est un concept à géométrie variable. Si on fait de l’électro minimale, on va chercher à sensibiliser les fans de cette musique, en allant sur les blogs dédiés, en se faisant connaître des influenceurs dans le domaine, etc… Il faut cibler tous les relais permettant de se faire connaître sur son créneau. Pour réussir, il faut être méthodique et travailler les cercles dans l’ordre ! Nous avons d’ailleurs mis en ligne sur notre site une méthode avec toutes les clés pour mener au mieux une campagne.

– Vous vous rémunérez comment ?

On prend une commission de 8%, uniquement si la collecte de fonds est réussie (3% de monétique et 5% pour nous). Au-delà de l’outil technique, on essaie d’avoir le meilleur service client et le meilleur accompagnement possible. Quand un projet nous est soumis, un conseiller appelle ou rencontre le porteur. On analyse ce qui a déjà été fait avant, si le montant demandé est cohérent avec la réalité du projet, si les contreparties sont de qualité. Nous conseillons sur la façon la plus optimale de se présenter et de présenter son projet. Cela permet de ne pas avoir de propositions farfelues sur la plateforme, et d’augmenter le taux de réussite. Nous faisons aussi des diagnostics en cours de collecte. C’est un travail primordial pour nous, qui permet de spécifier des bonnes pratiques et d’améliorer notre service, en mutualisant les bons conseils et les bonnes expériences.

– Quelles sont les perspectives d’avenir pour Kiss Kiss Bank Bank  ?

On se déploie petit à petit à l’étranger. On est leaders européens sur ce modèle en termes de chiffre d’affaire. Aujourd’hui le challenge, c’est que de plus en plus d’artistes, même importants et confirmés, s’y mettent. Apprendre à mobiliser sa communauté, tout artiste a intérêt à s’y mettre, quelle que soit sa notoriété.

– C’est un moyen d’autant plus fort pour un artiste établi de s’affranchir de sa maison de disques ?

Je ne pense pas. Un label, ce n’est pas qu’une source financière, c’est un accompagnement professionnel, de direction artistique, de marketing, etc. Produire, c’est un métier, avec des savoirs faires, dont les artistes ont besoin. Après, chaque artiste est libre de ses choix. Ce peut être un complément, comme un moyen de s’affranchir… Je pense plutôt que les labels eux-mêmes vont se mettre au crowdfunding pour produire leurs artistes.

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