Comment travaillent les tourneurs ?

Jouer sur scène, c’est le plus souvent la raison d’être d’un projet musical. C’est aussi l’un des meilleurs vecteurs de communication, et aujourd’hui une source de revenus importante. Mais trouver des dates est un travail difficile et fastidieux, que l’on souhaite très vite voir réalisé par un tourneur. Mais pour intéresser ces professionnels du spectacle, il faut déjà savoir ce qu’ils font, et comment ils le font.

Crise du support physique et non compensation par le marché numérique obligent, le live apparaît, en plus d’être une finalité, ainsi qu’un moyen d’émerger et de travailler sa notoriété, comme une source de revenus importante. Mais tous les artistes en démarrage en ont fait l’expérience : trouver des dates, c’est un travail long, complexe, qui demande du temps, beaucoup de temps… Sans aucune garantie que cela ne fonctionne.
L’idéal, c’est de trouver un tourneur ! Pour cela, il faut s’intéresser à la façon dont ils travaillent, et notamment les raisons qui les poussent à s’engager dans le développement d’un projet.

Que fait un tourneur ?

C’est un producteur de spectacle qui vend ou produit des spectacles, donc des concerts. Le tourneur prend ainsi en charge la recherche de dates, il démarche les salles et place les artistes de son catalogue. Il mobilise les différents réseaux de diffusion, qu’ils soient généralistes (salles de spectacles, Smac, festivals, mairies, collectivités…), ou spécifiques en fonction des esthétiques (associations, comités d’organisation…). En pratique, il doit réfléchir aux meilleurs endroits stratégiques pour placer et développer les artistes de son catalogue.

Au quotidien, le travail d’un tourneur ressemblerait presque à celui d’un commercial cherchant à promouvoir ses artistes pour les placer. Après un travail conséquent de prospection, vient le temps de la négociation, puis de la contractualisation. S’ensuit un travail de promotion, avec les partenaires et les lieux, ainsi que le suivi administratif et la gestion logistique (suivis des payes et déclarations, suivi de la date…).

Coup de cœur et projection

C’est évidemment la question que tout artiste se pose. Et là encore, il n’y a pas de réponse unique. Comme pour un label, les raisons qui poussent un tourneur à travailler avec un artiste peuvent être multiples : coup de cœur, notoriété, reconnaissance artistique, disponibilités… Il y a cependant des raisons qui reviennent systématiquement chez les professionnels. Comme l’explique Sébastien Zamora,  « il y a deux éléments qui sont pour moi fondamentaux : la proposition artistique, son originalité, sa qualité, sa profondeur, et la vision de l’artiste, comment celui-ci se projette, comment envisage-t-il sa carrière, où il souhaite aller. Les artistes qui ont une vision, des intuitions sur leur carrière, et qui sont capables de les formuler, de les expliquer, et qui se donnent les moyens pour les mettre en œuvre, ont une avance considérable sur les autres ».

En résumé, ce qui doit ressortir de cette combinaison de facteurs, c’est, outre la qualité artistique, de susciter l’envie, en montrant engagement, détermination, en ayant déjà mûrement réfléchi, de façon réaliste, à un plan de carrière. Les partenaires doivent pouvoir avoir une vision, envisager l’avenir et le développement de l’artiste. C’est en substance, ce que confie Benjamin Levy, fondateur de BL Productions : « il y a quelque chose d’essentiel, c’est la volonté de faire, la motivation, l’implication des artistes. Il faut aussi être très flexible, et très disponible. Nous ne sommes qu’un catalyseur, qui emmène un artiste à un stade supérieur de développement. Mais il faut déjà qu’il y ait eu un travail de développement mené ».

Travail de développement signifie-t-il qu’il faille être signé en maison de disques ? Pas nécessairement. Le secteur s’étant largement reconfiguré depuis une dizaine d’années, les modes de production ayant changé, les tourneurs signent aujourd’hui des autoproduits, mais comme le rappelle Sébastien Zamora, « il faut qu’il y ait une proposition sur scène déjà aboutie, maîtrisée artistiquement, et qui ait déjà construit un public ».

Comment démarcher les tourneurs ?

Pour qu’un professionnel du spectacle ait envie de travailler avec un artiste, de lui trouver des dates, il apparaît logique qu’il puisse, au moins une fois, le voir sur scène ! En plus des envois classiques d’éléments de communication, d’albums, inviter les tourneurs aux concerts peut  être bénéfique. « Le CD est un support utile qui me donne une idée du niveau d’un  artiste, mais pour envisager une stratégie de développement, il faut le voir sur scène » précise ainsi Benjamin Levy.

C’est là un élément important. Il est difficile d’intéresser un tourneur si l’on a jamais, ou très peu fait de scène. « Je peux très bien signer des projets très « verts », mais il est évident que cela demandera plus de travail et d’implication. Les contrats ne seront pas les mêmes. Nous avons beaucoup d’artistes en développement dans notre catalogue, notre but, c’est d’en faire des têtes d’affiche. Après, c’est un équilibre global de structure à trouver : je ne peux pas me permettre de prendre trop de projets à développer en même temps », confie ainsi Sébastien Zamora.

De même, sans album, il est très difficile pour un tourneur de travailler. C’est un des paradoxes de la mutation actuelle de l’économie de la musique. La musique enregistrée est en crise, créant un report de valeur sur le live, mais l’album est encore la clé de contact qui permet d’activer le processus de développement. Benjamin Levy explique que dans le cas contraire, « c’est vraiment plus difficile. Nous dépassons notre simple rôle de tourneur pour devenir des quasi-managers. La problématique du développement, actuellement, est assez simple. Le tourneur s’apparente de plus en plus au manager ».

Des outils et des hommes

Encore une fois, rappelons-le, le premier argument pour intéresser un tourneur, c’est, comme pour tout autre professionnel (manager, producteur, éditeur…), d’avoir un projet artistique original et accrocheur. Ce qui veut dire qu’il faut avoir travaillé de façon poussée son projet, d’avoir pris le temps de le faire mûrir, de l’avoir rodé, en studio ou sur scène. « Je conseillerais donc aux artistes de réellement creuser cet aspect, de travailler en profondeur leur projet et leur univers. Il faut identifier les éléments qui font l’originalité d’un projet,  pour les travailler de façon exigeante, et les renforcer ».

Ensuite, les outils de promotion. Ils sont primordiaux, d’autant plus dans un monde aujourd’hui fait d’image et de vidéo… Les présentations doivent être claires, concises, les visuels travaillés, et, ère du storytelling oblige, raconter une histoire. Pour Sébastien Zamora, « les projets qui marchent le mieux sont ceux qui se laissent appréhender, dans lesquels on pénètre sans effort. Si les artistes sont capables de transmettre simplement, et rapidement, quelques éléments saillants qui construisent leur univers, c’est ensuite beaucoup plus facile pour des professionnels de suivre ».

Au-delà de ces éléments, c’est tout le travail de pré-développement, que les artistes doivent aujourd’hui le plus souvent mener seuls, qu’il faut enclencher : faire parler le plus souvent possible du projet, avoir une présence online et offline, etc. Si jamais l’accroche ne se fait pas suite au premier contact, il ne faut pas hésiter à revenir périodiquement vers les tourneurs, pour montrer que le projet évolue, qu’il continue son développement, tant artistiquement que structurellement… Bref qu’un véritable travail est mené… La figure de l’artiste qui ne s’occuperait que de son art est une vision dépassée, qui a même tendance à faire fuir les professionnels.

Comme le rappelle Benjamin Levy, il faut savoir attendre le bon moment avant de chercher un tourneur, et être sans cesse réactif : « plus les artistes se bougent et s’investissent, plus on a nous-mêmes la motivation pour travailler. S’il y a un conseil que je peux donner aux artistes, c’est de tout faire pour que leurs partenaires professionnels soient motivés. Il faut trouver les arguments pour susciter l’intérêt, et alimenter la motivation en permanence, être présents le plus possible (…) Il faut déborder d’énergie et de motivation, et ne pas attendre que tout tombe du ciel, sous prétexte que l’on a un entourage professionnel. Surtout si l’on est en développement ». Il ne faut donc pas hésiter à aller à la rencontre des professionnels, discuter, se faire connaître, dans les rendez-vous, salons, conférences et conventions, en France comme à l’étranger.

 

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