Charles Desservy, Conseiller musique – Drac Bourgogne

– Pouvez-vous tout d’abord présenter la Drac ?

La Drac est un service déconcentré du ministère de la Culture et de la Communication en région. Notre vocation est donc de mettre en œuvre à l’échelle régionale la politique du ministère. Les crédits sont donc les crédits déconcentrés que nous attribue l’administration centrale. Chaque année, nous proposons un ensemble d’actions qui cadrent avec la politique du ministère. Notre force, c’est d’être en lien avec les acteurs du territoire, avec le terrain. La mise en œuvre des politiques nationales se décline selon les spécificités du territoire et de ses acteurs. On ne fait pas la même chose en Bourgogne et en Alsace.

Nous intervenons principalement sur 3 secteurs : le soutien aux structures musicales ou pluridisciplinaires, les équipes artistiques et l’enseignement.

Sur l’enseignement, nous participons à définir le classement des conservatoires en fonction de leur rayonnement. Nous avons également un travail poussé sur l’enseignement supérieur de la musique. En Bourgogne, nous avons un pôle d’enseignement supérieur en pleine évolution. Nous apportons donc le soutien du ministère, qui est conséquent, avec près d’un million d’euros.

Sur les équipes artistiques, nous appliquons la circulaire de 2005 qui définit les aides apportées aux équipes porteuses de création et d’innovation. Elles sont sur trois niveaux. Une aide au projet, ponctuelle et annuelle, qui accompagne tout le processus (conception, production, diffusion). Ensuite une aide à la structuration, où l’on aide un projet à se structurer, administrativement ou artistiquement. C’est une aide annuelle renouvelable deux fois. Enfin, il y a la convention, qui installe un partenariat sur 3 ans. Ces aides se portent sur toutes les esthétiques.

– Quels sont les critères retenus ?

Ils sont avant tout artistiques. La pertinence artistique est la première chose prise en compte. Evidemment, nous apprécions également la solidité économique du projet, la professionnalisation de la structure, avérée ou en cours de structuration. C’est aussi là que peut intervenir l’aide à la structuration, justement. Le succès, et les propositions de diffusion, précèdent parfois la professionnalisation, et la gestion de production n’est pas toujours opérationnelle. Il faut donc aussi être ne mesure d’accompagner ces structures.

–  Quels sont les types de projets soutenus en Bourgogne ?

C’est assez varié, en cohérence avec la diversité de la région Bourgogne, qui est une région musicale, au sens très large. La pratique amateur, musicale et chorale notamment, est très forte. Il y a plus de 700 chorales recensées, et près de 300 harmonies. Cela va du petit chœur amateur de 4 personnes au chœur professionnel Arsys Bourgogne. On aide cette année 13 ou 14 équipes. Cela va de l’aide au projet pour de la musique contemporaine conceptuelle jusqu’au conventionnement, comme Arsys justement.

– Comment se passe concrètement la sélection ?

Il faut savoir que ce dispositif s’appuie sur une commission d’experts représentatifs des forces en présence sur le territoire, nommés par le préfet de région, donc par la Drac. On nomme 10 à 12 personnes en fonction de leur parcours, de leur domaine de compétence, de leur activité… Ils forment un avis global sur les dossiers, qui permet d’éclairer la décision finale prise par le préfet. C’est une aide à la décision la plus objective possible sur des critères artistiques qui, par définition, reposent sur des données subjectives. Mais l’attribution finale dépend aussi d’autres critères d’appréciation. Dans le cadre de l’aménagement du territoire, une équipe positionnée sur des esthétiques dites difficiles, sur un territoire aride, peut être soutenue alors que le niveau artistique n’est pas aussi élevé que l’on pourrait l’imaginer. Nous avons aussi pour mission de favoriser l’aménagement du territoire et de renforcer les dynamiques de démocratisation culturelle. La commission se réunit en début d’année. Et l’on met ensuite en adéquation l’enveloppe budgétaire qui nous est déléguée en gestion.

Quels sont les pré-requis pour solliciter les aides ?

Il faut témoigner d’une continuité de l’activité, d’une autonomie juridique, et d’une ligne artistique affirmée, tout en étant dans une démarche professionnelle.

Quels sont les autres dispositifs, en plus de ceux-ci sur le fonctionnement ?

Il existe aussi des dispositifs tournés vers l’action culturelle, de sensibilisation et de développement des publics. Ce sont des appels à projets pour des publics spécifiques : culture en prison ou encore culture à l’hôpital. Les équipes artistiques y répondent, et sollicitent une aide ponctuelle. Ce sont là aussi des dispositifs nationaux, qui sont transversaux à toutes les disciplines du spectacle vivant.

– Autre intervention forte des Drac, l’attribution des licences d’entrepreneur de spectacles. Comment cela fonctionne-til ?

Il y a une commission tous les trois mois, pour délivrer, suspendre ou retirer les licences. La composition de cette commission est très variée. Il y a aussi bien des représentants des pompiers, de l’Urssaf, de la Drac, que des professionnels du secteur.

– Quelle est la philosophie d’action ?

C’est une politique qui repose sur deux pieds. Nous avons vocation d’accompagner la création artistique, tout en préservant le patrimoine. Il faut autant favoriser l’innovation que la mise en valeur du répertoire. Nous finançons également des centres de ressources en région, comme le Lab (Liaison arts-Bourgogne), nous aidons également un centre régional orienté sur le jazz à Nevers. Enfin la Bourgogne se distingue aussi par un riche patrimoine immatériel de musiques et danses improvisées transmises par l’oralité. Nous soutenons donc aussi, près d’Autun, la Maison du patrimoine oral.

– Existe-t-il des actions spécifiques aux musiques actuelles ?

Nous avons une action singulière en Bourgogne, avec l’outil Solima, que nous mettons en place à l’échelle régionale, et à l’échelle départementale en Nièvre et en Saône-et-Loire. Il s’agit de structurer un réseau d’acteurs professionnels et amateurs. Il y a quelques années, nous avons mis en place un plan de développement régional des musiques actuelles, où spécifiquement nous prenons en considération « l’état des troupes ».

De même, la circulaire de 2010 demande de labelliser une Smac par département. Il faut donc faire le travail de recensement et d’identification des structures existantes. Nous touchons au but. Sur 4 départements, nous avons 2 structures labellisées, et une troisième qui le sera dans les mois à venir. La quatrième nécessitera quelques travaux avant de le devenir.

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